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Fuites de mazout en Belgique : quand les ménages se retrouvent seuls face à la catastrophe
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Fuites de mazout en Belgique : quand les ménages se retrouvent seuls face à la catastrophe

Publié le 04/05/2026 · par Régis Demeulenaere

Un risque banalisé, des conséquences dévastatrices

Chaque hiver, de nombreuses familles belges allument leur chaudière sans se douter du danger qui sommeille dans leur cave ou sous leur jardin. Une citerne à mazout, qu'elle soit aérienne ou enterrée, vieillit. Elle se corrode. Et statistiquement, plus de 3 % des citernes à mazout présentent tôt ou tard une fuite, le plus souvent due à la rouille ou à un incident lors du remplissage.

Lorsqu'une fuite se produit, le mazout s'infiltre silencieusement dans le sol. Il migre en profondeur, contamine les nappes phréatiques, atteint parfois les fondations des maisons voisines et dégage des composés volatils qui peuvent s'introduire dans les habitations — représentant un risque sérieux pour la santé des occupants. La pollution ne s'arrête pas aux limites de la propriété.

Le coût d'un assainissement est vertigineux. Selon les spécialistes du secteur, le coût moyen d'une dépollution suite à une fuite de mazout avoisine les 70 000 euros, et peut largement dépasser cette somme lorsque la contamination s'étend aux parcelles voisines ou atteint la nappe phréatique. Dans les cas les plus graves observés en milieu urbain, les montants dépassent plusieurs centaines de milliers d'euros.


Des assurances aux lacunes criantes

Face à ce risque, on pourrait croire que les ménages sont protégés. La réalité est bien plus sombre.

En Belgique, deux types de garanties peuvent théoriquement intervenir : l'assurance incendie et la responsabilité civile. Mais les contrats habitation standard sont loin d'offrir une couverture suffisante. Dans la majorité des situations, la garantie "incendie" ne couvre qu'un montant limité, souvent plafonné à 10 000 euros — une somme dérisoire face à une facture de dépollution qui peut être dix fois supérieure.

La responsabilité civile, quant à elle, n'intervient que lorsque la pollution affecte un tiers, comme un voisin. Elle ne protège pas le propriétaire pour ses propres terrains.

Pire encore : si la citerne n'a pas été contrôlée et certifiée conformément à la réglementation régionale, les assureurs peuvent tout simplement refuser de couvrir les dégâts. En Wallonie, les citernes de plus de 3 000 litres doivent être contrôlées périodiquement par un technicien agréé. Les cuves de moins de 3 000 litres ne sont soumises à aucune obligation de contrôle — elles représentent pourtant la majorité des installations résidentielles, et sont laissées sans filet de sécurité réglementaire.

Des assurances spécifiques d'assainissement du sol existent, comme celle proposée par KBC, qui couvre jusqu'à 60 000 euros. Mais elles restent largement méconnues du grand public, et beaucoup de propriétaires ne les souscrivent tout simplement pas, faute d'information.


Les aides publiques : une bouée de sauvetage trop petite

Face aux insuffisances du secteur assurantiel, des dispositifs publics ont été mis en place. Le principal est le fonds Promaz, une ASBL sectorielle agréée par le gouvernement, financée par une taxe d'un centime par litre de mazout vendu. Son rôle : intervenir financièrement et opérationnellement dans l'assainissement des sols pollués par des fuites de citernes de chauffage.

Promaz peut prendre en charge une partie des frais d'assainissement, avec un plafond de 200 000 euros pour les bâtiments résidentiels et de 100 000 euros pour les autres bâtiments. En théorie, c'est rassurant. En pratique, plusieurs limites s'imposent.

D'abord, des frais restent systématiquement à charge du propriétaire : frais administratifs de 30,25 euros hors TVA, auxquels s'ajoutent des frais de gestion de 10 % du coût total des travaux, dans la limite de 500 euros pour les habitations. Et surtout, Promaz n'intervient pas pour les dossiers couverts par une assurance — ce qui peut créer des zones grises complexes.

Ensuite, les délais sont longs. La constitution d'un dossier, les expertises, les études de sol, les travaux : un sinistre mazout peut mobiliser les propriétaires pendant des mois, parfois des années, dans un parcours administratif épuisant.

Enfin, le financement du fonds lui-même suscite des interrogations. Alimenté par une taxe de seulement un centime par litre vendu, il doit faire face à un double défi : la hausse du nombre de dossiers d'intervention d'une part, et la transition énergétique qui réduit progressivement les volumes de mazout vendus d'autre part. Moins de mazout vendu, c'est moins de recettes pour le fonds — au moment même où le nombre de vieilles citernes abandonnées ou défaillantes pourrait augmenter avec la sortie progressive du mazout.


Une transition énergétique qui laisse des ménages dans l'incertitude

La situation est d'autant plus préoccupante que les régions belges accélèrent la sortie du mazout. En Wallonie, l'installation de nouvelles chaudières au mazout dans les bâtiments neufs est interdite depuis le 1er mars 2025. Pour les bâtiments existants, le remplacement des anciennes chaudières au mazout sera interdit au plus tard au 1er janvier 2026.

Cette transition, bien que nécessaire sur le plan environnemental, génère de nouvelles responsabilités pour les propriétaires. Une citerne abandonnée et non traitée représente un risque de pollution à retardement. La neutralisation ou le démontage complet est pourtant obligatoire — et coûteux. De nombreux ménages, déjà contraints d'investir dans une nouvelle source de chaleur, se retrouvent également à devoir gérer leurs vieilles installations dans des délais serrés, sans soutien financier adapté.

Le Fonds Social Chauffage, de son côté, peut aider les ménages à revenus limités à financer leurs factures de mazout (plafond de revenus fixé à 24 814,75 euros de revenu annuel brut en 2025-2026), et le gouvernement fédéral avait instauré un chèque mazout de 300 euros lors de la crise énergétique. Mais ce chèque n'est plus disponible depuis avril 2023, et aucune nouvelle prime énergie fédérale n'est prévue pour l'hiver 2025-2026.


Ce qu'il faudrait faire

Les experts sont unanimes : la prévention reste le meilleur remède. Un contrôle de citerne coûte entre 100 et 200 euros — une somme négligeable comparée à une facture de dépollution. Pourtant, des milliers de citernes en Belgique n'ont jamais été inspectées.

Pour mieux protéger les ménages, plusieurs pistes méritent d'être envisagées sérieusement :

  • Rendre obligatoire le contrôle des citernes quelle que soit leur capacité, en particulier en Wallonie où les cuves inférieures à 3 000 litres échappent à toute réglementation ;
  • Mieux informer les propriétaires sur les assurances spécifiques d'assainissement du sol, encore trop méconnues ;
  • Renforcer le financement de Promaz pour qu'il puisse faire face à l'augmentation prévisible des sinistres liés aux citernes vieillissantes ;
  • Mettre en place un accompagnement financier pour les ménages qui doivent à la fois changer de mode de chauffage et neutraliser leur ancienne citerne.

En attendant ces réformes, des milliers de Belges dorment sur un risque qu'ils n'ont pas choisi — et qu'ils n'ont, souvent, pas les moyens d'affronter seuls.


Sources : Promaz (promaz.be), Environnement Wallonie, Sol-Ex, KBC Assurances, Fonds Social Chauffage, aide-sociale.be, Test-Achats

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